
LES GRANDES FIGURES
Marguerite de Bourgogne
L’occupation du site de Saint-Front-la-Rivière, où s’élève aujourd’hui le château Saulnier, est attestée dès le XIIIᵉ siècle. Un document daté de juin 1272, conservé dans les archives du couvent de Saint-Pardoux et cité par l’érudit Laugardière, mentionne un échange de seigneurie entre Seguin de Saint-Pardoux-la-Rivière et Marguerite de Bourgogne, alors vicomtesse de Limoges. Cet acte confirme l’intégration du site dans les possessions de cette grande dame du Moyen Âge.
Née dans les années 1230 et décédée le 27 août 1277, Marguerite de Bourgogne est la fille du duc Hugues IV de Bourgogne. Veuve de Guillaume III de Mont-Saint-Jean, puis remariée à Guy VI, vicomte de Limoges, elle exerce un rôle politique majeur en Limousin. À la mort de son époux en 1263, elle devient régente de la vicomté de Limoges durant la minorité de leur fille Marie, gouvernant le territoire jusqu’en 1275.
Femme de pouvoir et d’autorité, Marguerite administre activement ses terres, consolide le domaine vicomtal et développe l’influence de la maison de Limoges face aux ambitions anglaises et aux tensions locales. L’échange de 1272 montre que le site de Saint-Front-la-Rivière faisait pleinement partie de cette stratégie de gestion seigneuriale.
Ainsi, le château Saulnier s’inscrit dans un héritage médiéval ancien, lié à l’une des figures féminines les plus influentes du XIIIᵉ siècle, dont l’action politique et patrimoniale a durablement marqué le territoire.

Le Prince Noir (Édouard de Woodstock)
Au milieu du XIVᵉ siècle, le château Saulnier s’inscrit dans les itinéraires du Prince Noir, Édouard de Woodstock, fils du roi d’Angleterre Édouard III et figure majeure de la guerre de Cent Ans. Prince d’Aquitaine à partir de 1362, il parcourt régulièrement le Limousin et le Périgord afin d’affirmer l’autorité anglaise sur ces territoires disputés.
Les sources locales et la tradition rapportent que le Prince Noir fit halte à plusieurs reprises au château Saulnier, qui offrait un lieu sûr pour loger sa suite lors de ses déplacements militaires et administratifs. Par sa position stratégique, le site constituait un point d’appui idéal sur les routes reliant le Limousin aux terres périgourdines.

Nicolas Dubut de Saint-Paul
Écuyer et conseiller-secrétaire du Roi, notaire à Saint-Pierre-de-Côle, Nicolas Dubut acquiert le château en 1787, peu avant la Révolution.

François Dubut
Petit-fils de Nicolas Dubut, il s’engage volontairement au 3ᵉ régiment des gardes d’honneur du général de Ségur. Il participe aux campagnes de Saxe (1813) et de France (1814) avec la Grande Armée. Garde du corps du Roi avec le grade de lieutenant, il prend part à la campagne d’Espagne (1823–1824), termine major en 1840 au 74ᵉ régiment d’infanterie, puis se retire à Saint-Front en 1848 où il rédige ses mémoires.

Le docteur Ortal
Descendant de François Dubut par sa mère, il fut maire de Saint-Front. Mort sans descendance, il transmet le château à l’un de ses neveux, Georges Durieux (1905–1999) qui épousa Anne-Marie de Bérail, médecin généraliste, qui consacra une grande partie de sa vie à l’histoire et à la restauration du site avant de le transmettre à l’un de ses enfants.
Le Château Saulnier est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1969.

Jean Durieux
Il appartient à la lignée des personnalités qui ont marqué l’histoire récente du Château Saulnier par leur engagement au service de l’État et leur attachement profond au patrimoine familial.
Fils du docteur Georges Durieux, médecin estimé et héritier du château, il a grandi dans un environnement où le sens du devoir, le service des autres et la transmission occupaient une place essentielle. Après des études de droit, Jean Durieux embrasse une carrière judiciaire qui le conduit progressivement au sommet de l’ordre judiciaire français. Magistrat reconnu pour sa rigueur et son sens de l’institution, il est nommé conseiller à la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire. À l’issue de sa carrière, il reçoit le titre de conseiller honoraire à la Cour de cassation, distinction réservée aux magistrats ayant exercé des fonctions éminentes et honorables au sein de la juridiction suprême. Son parcours professionnel, marqué par une exigence constante et un profond respect de la justice, est officiellement reconnu par l’État. Il est ainsi fait chevalier de la Légion d’honneur, la plus haute distinction française, puis chevalier de l’Ordre national du Mérite, récompensant un engagement durable au service de la Nation et des institutions républicaines.
Rappelé à Dieu en 2023 à l'âge de 89 ans.

« Les vieilles demeures sont pleines de songes. »
CHARLES NODIER
