top of page
  • Facebook
  • Instagram
drône de loin.jpg

Depuis le Moyen Âge, le château domine la vallée de Saint-Front-la-Rivière et témoigne d’une histoire ininterrompue faite d’alliances, de reconstructions et de renaissances. Depuis le Moyen Âge, le château domine la vallée de Saint-Front-la-Rivière et témoigne d’une histoire ininterrompue faite d’alliances, de reconstructions et de renaissances.

Un château de plaine, né autour de l’eau

Le château de Saint-Front-la-Rivière (dit de Saulnier à la période moderne) est un exemple emblématique de maison forte de plaine d’origine médiévale, devenue maison de plaisance à partir de la Renaissance.

Il constituait un point de contrôle de la vallée entre les deux monastères forteresses de Brantôme et de Saint-Pardoux-la-Rivière et semble avoir été implanté à proximité de la Dronne pour bénéficier de l’inondation permanente et protectrice de ses fossés de fortification mais à distance suffisante cependant pour se mettre à l’abri des crues (environ 200 mètres ont été nécessaires compte tenu de la très faible pente du terrain).

 

Le cadastre napoléonien indique à l’Ouest du château une parcelle longue et étroite qu’il est plausible d’interpréter comme le vestige du canal de liaison entre les fossés et la Dronne, et sur le tracé duquel subsiste encore actuellement un étroit fossé rejoignant la rivière. Il montre également plein Nord un canal devenu ornemental d’une longueur de 80 mètres environ qui subsiste et confirme l’impression d’un site initialement environné d’eau.

Capture d'écran 2025-11-15 113536.png

Le Moyen Âge : un repaire noble dès le XIIIᵉ siècle

Vieille image château.jpeg

L’occupation du site est très anciennement attestée puisque Laugardière cite un document de juin 1272 provenant des archives du couvent de St-Pardoux donnant pour seigneur de St-Front-la-Rivière « noble Seguin de Saint-Pardoux-la-Rivière qui le 8 des calendes de juin 1272 échangea la seigneurie avec Marguerite de Bourgogne, vicomtesse de Limoges ».

 

Gourgues atteste de cette ancienneté dans son célèbre et précieux dictionnaire topographique de la Dordogne « Saint-Front la Rivière, Sanctus Fronto de Ripperia (pouillé du XIIIème siècle) (…) Ancien repaire noble ».

 

 

Se basant sur Lespine, Gourgues précise que « la maison de Las Boudies fut érigée en 1454 en château avec justice sur St-Front et sur Quinsac ». Constatant que Las Boudie (ou Boudias), ou ses ruines, ne se retrouvent pas dans la contrée, nous suivons volontiers Laugardière qui pense que Las Boudias et La Salle de Maumont sont bien une seule et même entité (suivi en cela par Boisserie de Masmontet).

 

Les documentalistes de la DRAC, extrapolent cette source, sans nullement fonder leur assertion, en notant que « en 1454 la maison forte fut transformée en château par la construction de la grosse tour ronde ».

 

Sans nous donner davantage ses sources, Boisserie affirme que le château fut « détruit deux fois pendant les guerres anglaises, resta longtemps en ruine et entra par mariage sous le règne de Charles IX dans la maison de Roux de Lusson qui le fit reconstruire en 1559 ».

 

Le contexte historique de la province particulièrement tourmenté par les guerres anglaises à partir de 1337 et jusqu’au dénouement de Castillon en 1453 nous laissent à penser que ces destructions sont très plausibles, tout comme la reconstruction du château en 1454, date qui pourrait s’accorder avec les dispositions architecturales de la grosse tour circulaire.

 

Une notice affirme même qu’il existait là « une forteresse munie de cinquante bouches à feu ».

Les Maumont : premiers seigneurs clairement identifiés

​Nous ne savons pas qui fut propriétaire des lieux après la vicomtesse de Limoges mais il n’est pas hasardeux de penser qu’elle en fit don aux héritiers d’Adhémar de Maumont, seigneur de Chalus, l’un des plus fervents vassaux et soutien des intérêts féodaux des vicomtes de Limoges, assassiné pour leur défense en 1265.

 

Ainsi s’explique naturellement que le premier seigneur de Saint-Front la Rivière attesté au 15e siècle soit Geoffroy de MAUMONT, damoiseau né vers 1370 mort après 1427, attesté comme seigneur de Lusson et La Salle de Maulmont. Après sa fille Guillemette titrée « dame de La Salle de Maumont » ou « Dame de la Salle de Saint-Front-la-Rivière » tous les biens de cette branche échoueront aux Roux de Lusson à la suite du mariage de sa petite-fille Pétronille de Lavergne le 10 février 1441 avec Aymar Roux.

Capture d'écran 2025-11-15 114917.png

La Renaissance : Les Roux de Lusson - une famille qui transforme profondément le château

Capture d'écran 2025-11-15 123339.png

À partir du XVe siècle, la seigneurie de La Salle de Maumont passe entre les mains de la famille Roux de Lusson, qui va marquer durablement l’histoire du château. Présents jusqu’au début du XVIIIᵉ siècle, ils entreprennent une série de travaux qui transforment l’ancienne maison forte médiévale en un véritable logis de prestige.

 

C’est probablement sous leur impulsion que la tour ronde, encore visible aujourd’hui, est reconstruite. L’aile ouest du château, avec son escalier à vis et ses grandes pièces, appartient elle aussi à cette période de profondes modifications.Au XVIᵉ siècle, les Roux de Lusson poursuivent l’embellissement des lieux : de nouvelles fenêtres plus régulières, des lucarnes soignées, des échauguettes d’angle, et une distribution intérieure qui reflète un mode de vie plus résidentiel que défensif.

 

La date de 1584, encore lisible sur une lucarne, correspond à l’achèvement de l’aile nord, édifiée par Léonard Roux de Lusson ou son père. Puis, entre la fin de la Renaissance et le début du XVIIᵉ siècle, une nouvelle campagne de construction donne naissance à l’aile sud et à plusieurs petits pavillons qui complètent harmonieusement la façade.

 

​

Peu à peu, dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, les Roux de Lusson se tournent vers d’autres résidences, notamment le château de Reilhac. Le domaine de Saint-Front-la-Rivière perd alors son statut de demeure principale et entre dans une période de relatif abandon.

 

Malgré cela, l’empreinte laissée par cette famille reste majeure : les principales formes du château, telles qu’on les connaît encore aujourd’hui, datent de ces grandes transformations réalisées entre le milieu du XVIᵉ et le début du XVIIᵉ siècle.

Sans les Roux de Lusson, le Château Saulnier n’aurait sans doute pas cette silhouette si particulière, mêlant héritage médiéval et élégance Renaissance.

Du XIIIème au XXème siècle : les familles qui ont façonné le château

Les SAULNIER

Une transmission s’est alors opérée en quittant la ligne directe des descendants ; sans doute un arrangement de famille, par échange ou vente entre parents puisque des héritiers naturels existaient et ont continué la descendance mais n’ont pas pris la suite comme propriétaires du château. On retrouve au milieu du 18ème siècle comme habitant et seigneur de la Salle, désormais appelée château de Saulnier, Jean Jacques de Saulnier, né en 1709.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire en parcourant trop rapidement la ligne généalogique, il n’est pas le descendant d’Anne Roux de Lusson qui a épousé à La Salle de Maumont en 1623 Geoffroy de Saulnier seigneur 

Capture d'écran 2025-11-15 201841.png

de la Filolie. Les descendants de ces derniers n’ont en effet pas fait souche à La Salle.

 

Jean-Jacques de Saulnier est le fils de Charles Saunier seigneur de la Vigerie (issu d’une branche distincte de celle de Geofroy de Saulnier cité ci-dessus bien que se ramifiant tous deux au tronc initial des Saunier de Laborie) et de Marie Françoise Chouly de Permangle.

 

Son lien familial avec La Salle provient de sa grand-mère, Isabeau Roux de Lusson (sœur de Charles, évoqué plus haut) qui a épousé en 1655 Jacques Chouly de Permangle, Cette Isabeau aura aussi, comme petite fille la marquise de Mirabeau qui sera la mère du célèbre Mirabeau, ce qui rend théoriquement possible que ce dernier ai pu loger chez ses cousins à Saint-Front, lors de ses nombreuses cavales entre Paris et sa Provence natale, lorsqu’il fuyait les lettres de cachet que son père fulminait contre lui après chacun des nombreux scandales qu’il provoqua à partir de 1772).

 

Mais cette succession Saulnier ne va durer qu’une seule génération.

Les DUBUT et DURIEUX

 

Jeanne de Labatut, veuve sans enfants de Jean-Jacques de Saunier (qui a cependant eu des enfants de son premier mariage) vend Saulnier le 26 janvier 1787 à Nicolas Dubut.

 

Opulent notaire et père de 10 enfants, ce dernier, qui a acheté pour son fils ainé François-Léonard (1756-1788) les baronnies châteaux et terres de Saint-Paul et du Chalard ainsi que la charge anoblissante de conseiller secrétaire du roi, a les moyens qui manquaient aux Saulnier et va immédiatement entreprendre d’importants travaux au château de Saint-Front pour s’y installer avec ses petits-enfants orphelins (enfants de son fils ainé le baron de Saint-Paul mort en 1788) et le ménage de son fils cadet Jean Dubut (1766-1816) qui a lui-même 10 enfants, est maire du village et connu dans les alentours 

pour ses actions charitables. Les actuels propriétaires descendent de l’une des petites-filles de Nicolas, Zulma Dubut (1799-1858) épouse en 1822 de Léonard Durieux.

La demeure que reprend Nicolas Dubut en 1787 est manifestement en très mauvais état et sans aucun confort. À l’extérieur, il est possible que ce soit lui qui ait comblé les douves pour créer un environnement de jardins plus riant, sans que nous n’ayons d’indications à ce sujet. La seule certitude est qu’elles ont disparu antérieurement à l’établissement du cadastre de 1835. Il procède à la réfection totale des couvertures, reperce les fenêtres des logis Ouest et Sud (sans doute pour faire entrer davantage de lumière) en les agrandissant, refait la totalité des menuiseries extérieures (les barres d’imposte d’un modèle élégant à cannelures et rosaces typiquement Louis XVI, selon un motif très classique pour les cheminées mais original pour des impostes, sont encore en place sur plusieurs portes fenêtres).

À l’intérieur, la totalité des cheminées (à l’exception de celle de l’extrémité de l’aile Nord) sont remplacées par des ouvrages d’esprit néo-classique plus conforme à l’air du temps mais où subsiste une dernier parfum du style Louis XV qui a perduré en Dordogne jusqu’à la révolution. Il a repris la totalité de la distribution, créant des chambres à alcôve indépendantes desservies par de larges couloirs et communicantes par des huisseries de style transition Louis XV / Louis XVI.

 

Avant de revenir aux Durieux, le château avait été hérité par les Ortal. En 1881,Noémie Dubut, fille unique et héritière du château épouse le docteur Albert Ortal (1847-1911) médecin de Marine. Tous deux étaient connus dans le pays, comme jadis leurs grands-parents Dubut, pour leurs actions charitables.

Capture d'écran 2025-11-15 203116.png

« Peu attachés aux biens de ce monde » dit-on, et également peu fortunés, ils ont aussi parfois récompensé les personnes à leur service par des dons en nature, morceaux de jardins ou d’édifices entourant le château. Une aile du château a même été alors cédée à la commune pour y installer l’école. Il en est résulté un important morcellement et une asphyxie environnementale pour le château dont la lisibilité architecturale s’en trouve maintenant malheureusement altérée.

 

La tradition d’accueil s’est cependant maintenue et le château a pu se remplir de réfugiés alsaciens en 1940.

« Les vieilles pierres ont des histoires que nul ne lit sans rêver. »

LAMARTINE

bottom of page